Je m’excuse ! – Mars 2018


Le lycée professionnel Donation Rothschild de Saint Maximin (60) a invité la Cie pour la 5ème année, les 12 et 13 mars 2018, sur la prévention du harcèlement scolaire.

Laurence Carrara (ancienne infirmière scolaire de l’établissement) et Mme Claire Maupas (proviseure) sont à l’origine de cette action d’envergure pour tous les nouveaux élèves  entrants du lycée. Le flambeau a été repris par les deux conseillers principaux d’éducation soulignant au passage l’évolution du climat scolaire dans l’établissement depuis la création de ces interventions.

Certes le harcèlement y est toujours présent (il ne faut pas être naïf) mais les témoins font preuves d’empathie en soutenant les victimes et surtout s’engagent en les accompagnant et en témoignant à la vie scolaire… résultat un meilleur repérage des situations problématiques et de leurs auteurs est possible.

Nous sommes des habitués du lycée et pourtant une surprise nous attendait. Une classe différente ne comprenait pas ce que nous jouions! Et pour cause, eux avaient vécu bien pires et connaissent le sens du mot SOLIDARITE. Je laisse le soin à Willy Fiot (l’un de nos comédiens présents) de vous raconter.

Je m’excuse !

“Je m’excuse, je m’excuse, je m’excuse…” Voilà ce que nous avons entendu pendant cette séance.

Nous étions avec des mineurs isolés, ceux que l’on appelle des “réfugiés”, qui avaient dû quitter leurs pays pour fuir une guerre, la misère, la violence, avec l’espoir d’être en sécurité, de vivre mieux ou plutôt de vivre tout simplement…

Mon partenaire jouait une scène dans laquelle il provoquait du regard un jeune (venu remplacer mon personnage) qui était assis sur un banc et consultait son smartphone sans déranger personne. Dans cette scène, pour éviter de répondre à cette provocation, et éviter la violence, la plupart d’entre eux se sont mis à s’excuser, quitte à subir d’avantages de moqueries, d’insultes, voire de violences physiques.

Cela était insupportable pour moi de voir ces grands gaillards baisser la tête en cherchant à tout prix à se faire oublier, en s’excusant, demandant pardon.  L’un d’entre eux à même laissé mon partenaire lui voler son portable sans réagir… “C’est pas grave tant pis…”

Mais pourquoi ? Pourquoi réagissent-t-ils ainsi ? Je vais vous dire pourquoi, parce qu’ils sont conditionnés pour se taire, pour surtout ne pas faire de vague, ne pas se faire remarquer, se faire oublier, parce qu’ils ont peur d’être jugé responsable, d’être accusé et  d’être renvoyé dans leur pays. Aujourd’hui ils sont mineurs, mais dans un, deux, ou trois ans ils seront majeurs, et c’est là, à leurs majorités, qu’ils encourent le plus de risque d’exclusions, alors peut être se préparent-ils déjà pour éviter cela.

Dans cette scène que nous avons jouée ensemble, ils étaient prêts à subir, à s’excuser, alors qu’ils n’étaient en rien responsable de l’agression provoqué par mon partenaire. Même si on peut expliquer leurs réactions, elles n’en restent pas moins insupportables pour moi.

En effet, j’estime que c’est à nous, à moi, de m’excuser, je m’excuse, je m’excuse au nom des français, je m’excuse pour toutes ces violences, je m’excuse pour toutes ces injustices, je m’excuse pour cette peur que l’Etat français a provoquée en eux et qui les fait agir ainsi…

En fin de séance mon empathie a été mise à rude épreuve et j’ai dû laisser couler quelques larmes pour évacuer ma colère, ma frustration de ne pouvoir totalement les aider et les libérer complètement de ce mode de vie qu’on leurs impose. D’autres larmes sont venues ensuite quand j’ai lu un message que l’un d’eux nous avait laissé : « Plus tard, je veux devenir comme vous ». Moi, je souhaite que plus tard, ils puissent vivre libre comme nous, avec nous…

Willy Fiot et Didier Nourrisson

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