Des comédiens aux yeux humides – Déc 2017


Le Service pénitentiaire d’insertion et de probation de la Vienne (SPIP 86) a organisé un stage de responsabilisation pour les auteurs de violences conjugales et violences sur conjoint du 11 au 13 décembre 2017. Notre équipe de comédiens était là!

Suite à la demande de Sandra Defoulounoux, assistante sociale (détachée CPIP), nous avons participé, aux côtés de professionnels de différents horizons, à la réflexion et la conception de ce stage.

Pour Virginie Maurane, directrice-adjointe du SPIP 86,“ce stage est une réponse pédagogique aux comportements de domination et de contrôle sur les femmes, au besoin par le recours à la violence. Il contribue à la prévention de la récidive en permettant une remise en question, chez les auteurs de violence, de leur conception de la relation entre les hommes et les femmes”.

La première journée était consacrée à des aspects d’ordre philosophique, culturel et juridique avec Maître Hélène Merade (avocate) et Louise Atani (psychologue). La troisième journée abordait la prise en charge des victimes et l’impact traumatique sur les enfants avec Alexia Delbreil (médecin légiste) et Daniel Villain (pédopsychiatre) ainsi qu’une réflexion sur les mécanismes d’évitement avec les personnel du SPIP.

Notre théâtre interactif était situé entre les deux, avec l’intervention d’Isabelle Watel (psychologue au CIDFF 86). Au programme: le cycle de la violence (le matin), puis déconstruire le sexisme, la domination masculine…

5 hommes et une femme, 6 volontaires…

En début de journée, certains ont une vision très binaire de l’homme et de la femme emprunte de notre société patriarcale. Ben oui, les hommes sont comme ci et les femmes sont comme ça ! Ma femme, ma compagne, ma conjointe, ma, ma

L’homme possède, surveille, protège. Mais la protection n’intervient pas dans le soin apporté à l’autre mais dans son contrôle. Je ne m’inquiète pas du fait qu’il puisse lui arriver du mal, mais qu’il puisse lui arriver du bien… Ma peur profonde est qu’elle me trompe ou qu’elle vive quelque chose sans moi. Qu’elle ressente de la joie du plaisir quand je ne suis pas là, ça veut dire qu’elle ne m’aime pas et ça, c’est intolérable.

J’ai ressenti très fort cette jalousie, ce petit monstre qui les ronge à l’intérieur, cette maladie qui prend racine dans un terreau où l’estime de soi est à l’état liquide. D’autres, plus avancés verbalisent que chacun/chacune a droit à sa liberté et même qu’il est important de garder un jardin secret.

Les scènes jouées ont un effet miroir, c’est un 38 tonnes en pleine face ! Ils encaissent chancèlent, tombent… mais se relèvent et nous questionnent ? “Ça se soigne la jalousie ? ” La journée  avançant, les certitudes s’évaporent, le jeu de déconstruction se bâti, les cerveaux transpirent, les champs de réflexion fleurissent, le mouvement s’amorce, ça se défige ! Larmes, tremblement, colère, culpabilité, joie, espoir, lumière…

Très touché de cette rencontre, impression d’avoir été au bon endroit au bon moment.

Nous rentrons chez nous les yeux humides…

Mathias Gourdot et Didier Nourrisson

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